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UEMOA : face à l’insécurité alimentaire, les chaînes de valeur agricole, le salut ?

Engagée dans une dynamisation de sa stratégie basée sur les chaînes de valeur, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) redouble d’efforts pour contrecarrer l’insécurité alimentaire qui prévaut en Afrique de l’Ouest. En encourageant une transformation locale des produits agricoles, la banque aspire à renforcer l’autosuffisance alimentaire de la région.

Cette volonté s’exprime alors que Lomé, la capitale togolaise, accueille ces 30 et 31 mai, une réunion internationale consacrée à la sécurisation de l’accès aux engrais en Afrique de l’Ouest. Pour que son ambition de chaîne intégrée “du champ à l’assiette” se concrétise, la BOAD admet l’importance d’un soutien accru d’autres institutions de développement.

Sous le soleil de plomb qui crache ses premiers rayons sur Notse, une ville située à 100 kilomètres de Lomé au Togo, Kodjovi et Ayao, deux agriculteurs dévoués, travaillent sans relâche dans leur champ d’ananas. Originaires d’une bourgade voisine, leur détermination à nourrir leurs familles et leurs communautés avec les fruits de leur travail est inébranlable. Toutefois, entre satisfactions et inquiétudes, ils savent qu’ils doivent encore affronter de nombreux défis et problèmes dans leurs activités agricoles, malgré les progrès réalisés.

Kodjovi, le visage ruisselant de sueur, évoque les difficultés initiales de conservation de leurs récoltes : “Au début, nous avions du mal à conserver nos récoltes. Les ananas se conservent mieux que les tomates, mais nous avions encore besoin d’installations de stockage adéquates. Nous avons dû trouver des solutions de fortune pour les conserver et les vendre à temps.”

Ayao, essuyant son front avec son mouchoir, raconte avec passion l’histoire de leur labeur et de leur persévérance : “Obtenir des engrais, des pesticides et des semences de qualité était un vrai casse-tête. Souvent, nous ne pouvions pas nous les procurer à temps ou à un prix raisonnable. Et cela limitait notre capacité à augmenter notre production.”

Malgré ces défis, les deux agriculteurs sont restés déterminés à améliorer leurs conditions de vie et à soutenir leurs familles. Ils ont continué à chercher des solutions alternatives auprès de la communauté et des réseaux d’agriculteurs pour capitaliser leurs expériences.

Un jour, lors d’une réunion de la coopérative agricole locale, ils rencontrent un représentant d’une organisation non gouvernementale (ONG) qui travaille sur des projets de développement agricole dans la région. L’ONG offre des formations sur les meilleures pratiques agricoles, l’accès aux intrants de qualité et la mise en place de systèmes de conservation des récoltes.

Kodjovi et Ayao s’empressent de participer activement à ces formations et d’implémenter les nouvelles techniques acquises dans leurs exploitations. Ils apprennent à utiliser des méthodes de culture plus durables, telles que la rotation des cultures et l’agroforesterie pour préserver la fertilité des sols et réduire leur dépendance aux engrais chimiques. De plus, ils sont initiés à des techniques de stockage et de conservation améliorées, comme la construction de silos à grains traditionnels et l’utilisation de conservateurs naturels pour prolonger la durée de vie de leurs ananas.

Peu à peu, Kodjovi et Ayao observent une amélioration de leur production agricole. “Nous étions alors en mesure de réduire nos pertes après récolte, d’augmenter nos revenus et d’assurer une meilleure sécurité alimentaire pour nos familles”, s’enthousiasme Ayao, ce jeune qui a dû abandonner sa licence professionnelle pour embrasser la terre.

Cerise sur le gâteau : c’est alors qu’ils rencontrent Jus Délice, une usine de transformation d’ananas bio en jus, qui venait de se faire financer à hauteur de 2 milliards FCFA. Désormais, les deux ananaculteurs ont un débouché sûr pour leur production. La collaboration avec Jus Délice et d’autres petites usines, parfois artisanales, situées au cœur de la région de l’ananas au Togo, permet à Kodjovi et Ayao d’accéder à un marché plus vaste pour leurs produits, augmentant ainsi leur rentabilité et leur stabilité financière.

“Ils nous ont permis d’expérimenter de nouvelles variétés d’ananas à haut rendement à l’hectare, d’adopter des technologies plus adaptées pour la gestion rationnelle de l’eau et des sols, et de nous approprier des méthodes de lutte biologique contre les ravageurs et les maladies”, confient les deux cultivateurs.

15 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire 

Si l’histoire de Kodjovi et Ayao est un exemple inspirant de la manière dont la coopération, l’éducation et la détermination peuvent aider les petits agriculteurs à surmonter les défis auxquels ils sont confrontés, les problèmes qu’ils ont rencontrés sont loin d’être uniques à leur situation et sont partagés par de nombreux producteurs en Afrique de l’Ouest. Des défis tels que l’accès limité aux intrants de qualité, les difficultés de stockage et de conservation des récoltes, et la nécessité d’adopter des pratiques agricoles durables sont communs à travers la région.

Malgré les efforts déployés par les gouvernements nationaux et le soutien d’institutions de développement telles que la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), dans l’espace UEMOA et dans le Sahel, environ 8,1 millions de personnes étaient en besoin d’assistance alimentaire et nutritionnelle d’urgence, en 2021 selon l’OCDE et environ 22,9 millions de personnes additionnelles, sous pression alimentaire (phase 2), étaient susceptibles de basculer en situation de crise si des actions d’atténuation n’étaient pas mises en œuvre. Ces chiffres sont en constante augmentation en raison du contexte sécuritaire et climatique, qui provoque des déplacements de populations. Pourtant, les experts s’accordent à dire que cette situation pourrait être résolue par une production agricole soutenue.

Injecter 600 milliards FCFA d’ici 2025

“Le rôle de la Banque (BOAD) consiste donc à aider les États à développer des stratégies de développement agricole en utilisant des technologies permettant d’économiser l’eau et de renforcer les capacités des producteurs, notamment les paysans, tout en leur fournissant un minimum de fertilisants pour améliorer le rendement et la productivité de l’agriculture”, explique Toussaint Badolo, Directeur du Département de l’Agriculture et de l’Agro- industrie à la BOAD.

Et de poursuivre : “Actuellement, nos interventions s’inscrivent dans le cadre de notre plan Djoliba, qui met l’accent sur le développement agricole en Afrique de l’Ouest. Historiquement, les interventions de la Banque dans ce secteur représentaient environ 11 % de ses financements. Toutefois, dans le cadre du plan Djoliba, la Banque prévoit de porter ce niveau à 17 %.”

Ainsi, la BOAD envisage d’injecter environ 600 milliards FCFA dans le développement de l’agriculture et de l’agro-industrie pour contribuer à la sécurité et la souveraineté alimentaires à l’horizon 2025. Ce programme, déjà en cours d’exécution, a permis de financer des projets dans l’ensemble des pays de l’UEMOA, dont le Togo, le Sénégal, le Niger, la Guinée et la Côte d’Ivoire.

Du champ à l’assiette, structurer les chaînes de valeur

L’approche de la Banque avec ses différents partenaires, explique Monsieur Badolo, repose sur le concept “du champ à l’assiette”, avec un accent particulier sur le soutien aux zones industrielles, qui représentent un maillon important de sa stratégie de chaîne de valeur agroalimentaire.

En soutenant les investissements dans la transformation et la commercialisation des produits agricoles, la BOAD s’inscrit dans une approche de chaîne de valeur, prenant en compte les intérêts de tous les acteurs. ”.

Une approche dite intégrée qui permettra in fine de créer des synergies et des opportunités de développement pour les petits exploitants, les transformateurs et les distributeurs, attend-on.

“Aujourd’hui, la Banque suit une nouvelle orientation dans le cadre de son Plan Djoliba, qui consiste à adopter une approche de chaîne de valeur lorsqu’elle intervient dans des projets de développement rural”, souligne Monsieur Badolo. Il ajoute : “Par exemple, lorsque la Banque intervient dans une filière, elle veille à ce que son action ait un impact positif. Dans le cas de la production de céréales, la Banque s’assure de la disponibilité d’un cadre institutionnel favorable, de la disponibilité du foncier et des ressources en eau, et contribue au financement les outils de mécanisation et de fertilisation, un renforcement des capacités des bénéficiaires aux bonnes pratiques agricoles.”

“Ce n’est pas la daba, telle que pratiquée par nos grands-parents qui permettra de régler définitivement le problème de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.”, lancera Monsieur Badolo. Pour y remédier, il soutient qu’il est nécessaire “d’introduire une mécanisation minimale dans l’agriculture.”

“Le rôle de la Banque est d’accompagner les États en leur apportant le financement nécessaire pour appuyer les agriculteurs et les paysans à la base, afin de les aider à produire ce dont nous avons besoin pour notre consommation nationale.” Cet engagement est d’autant plus important pour des agriculteurs comme Ayao, qui déplore que “les banques et les institutions financières, telles que les microfinances, soient souvent réticentes à [leur] accorder des prêts, considérant l’agriculture comme trop risquée.” Effectivement, au Togo, moins de 1 % des crédits accordés par les banques à l’économie vont à l’agriculture, qui emploie pourtant plus de 60 % de la population active et contribue à plus de 35 % du PIB.

Que ce soit dans le pays côtier ou dans le Sahel, le problème des rendements est une autre paire de manches, soulève Tarek Toko Chabi, responsable Agro-Industrie à la BOAD.

“Dans notre région, les cultures de maïs par exemple, présentent des rendements qui se situent généralement entre 2 et 4 tonnes maximum à l’hectare lorsque les semis et les semences sont effectués avec rigueur. Cependant, dans d’autres régions, les rendements sont bien plus élevés, atteignant jusqu’à 7 tonnes au Brésil et 11 tonnes aux États-Unis d’Amérique”, constate-t-il.

“L’agriculture doit être suffisamment professionnalisée de telle sorte que le métier d’agriculteur ne soit pas un choix par défaut. Il doit permettre de nourrir son homme, nourrir sa famille, contribuer au développement des territoires et des pays. Et pour y parvenir, il faut mécaniser le secteur, rendre disponibles les intrants de bonne qualité pour améliorer les rendements des spéculations qui sont produites dans notre région.”

Dans un élan stratégique, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), sous la direction de Serge Ekué, a soutenu une unité de transformation des fibres de coton en 2022. Selon la banque, ce financement a ouvert “une voie stable pour les producteurs de coton et les égreneurs, tout en stimulant la confection de vêtements sur place et en générant plus de 5 000 emplois directs”. De plus, l’établissement d’un centre de formation dédié aux couturiers a permis de renforcer les compétences locales et d’augmenter la qualité des services proposés. La BOAD souligne que “ce projet a conduit à une hausse significative du pouvoir d’achat de nombreuses femmes et à une professionnalisation accrue de leur travail, démontrant ainsi l’impact positif de cette initiative sur la satisfaction des clients”.

Des actions qui démontrent l’engagement de la BOAD à promouvoir le développement économique en Afrique de l’Ouest, en créant des opportunités locales tout en renforçant les compétences et en améliorant la qualité de vie des personnes impliquées.

 

Ecofin

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