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Saccage des archives de la faculté des lettres de L’UCAD : La difficile voire impossible restauration de la banque de données

Soixante-dix pour cent des dossiers d’étudiants de la Faculté des Lettres et sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) ont été détériorés au cours du saccage du bureau des archives. Restaurer ces données risque d’être un travail difficile voire impossible à réaliser.

A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), les dégâts sont encore bien visibles. Chapiteaux brûlés, bureaux mis à sac, bâtiments incendiés, bus calcinés, installations ravagées, ce «temple du savoir» survit péniblement aux affrontements meurtriers de jeudi dernier. Balafré de toutes parts par cette explosion de violence, l’institution décompte le préjudice.

A la Faculté des Lettres et sciences humaines, sérieusement abimée par ces heurts, il est difficile, pour le moment, d’avancer un chiffre exact. «Nous n’avons pas encore la situation réelle. Nous sommes à l’étape d’évaluation pour connaître l’importance des pertes», énonce Alioune Badara Kandji, le Doyen de la Faculté des Lettres et sciences humaines. Ce qui est palpable, c’est que les manifestants ont atteint une bonne partie de la mémoire de ce centre. En s’attaquant à la pièce centrale, ces séditieux ont touché le cœur des archives.

Alioune Badara Kandji : «Il y a eu beaucoup de dégâts. Le fond des archives est très important. Cela concerne à peu près 200 000 dossiers. Il est vrai qu’il y a plusieurs pièces qui les abritent. Mais c’est la pièce centrale, celle qui contenait à peu près 70% des dossiers, qui a été vandalisée et incendiée.»

C’est dans ces bureaux qu’est classé le dossier de chaque étudiant ayant fréquenté cette faculté de 1957 à 2023.Lequel dossier contient un certain nombre de documents notamment la fiche d’inscription, les relevés de notes, les attestations de réussite, le rapport de soutenance et de thèse. Le Doyen de la faculté informe que les agents sont à pied d’œuvre pour sauver ce qui peut encore l’être. Ils ont du pain sur la planche.

«Tout n’est pas encore perdu. Nous avons récupéré une partie qui n’a pas été endommagée par le feu, mais qui a été un peu détériorée par les jets d’eau, conséquence des tentatives d’extinction. Nous sommes entrain de les sécher afin de les récupérer», poursuit Kandji.

Ces actes de vandalisme ne seront pas sans incidence sur le fonctionnement du centre. Les répercussions seront plus considérables chez les étudiants désireux de mettre la main sur leurs dossiers universitaires. Sans ces documents d’archives qui retracent le parcours de l’apprenant, il est impossible de traiter certaines requêtes visant par exemple à certifier un diplôme.

«Il nous arrive de recevoir de la part des institutions des demandes d’authentification d’une attestation qui leur a été présentée. Parfois aussi, d’anciens étudiants nous saisissent pour qu’on leur établisse le duplicata de leur relevé de notes ou de leur diplôme afin de compléter leur dossier. C’est le service des archives qui traite ces demandes de duplicata et d’authentification. Il y a trois ans, quand je venais d’être élu Doyen, j’avais été saisi par une autorité d’un pays devenue président de la République qui a fréquenté la faculté. Il sollicitait des duplicatas de ses diplômes et attestations», explique le Doyen.

«La pièce qui contenait près de 70% des dossiers des étudiants a été vandalisée et incendiée»

Dans sa faculté, l’essentiel des documents sont stockés au format matériel. Ce qui rendra la tâche complexe. Le Professeur Moustapha Mbengue, Directeur de l’École des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad) confirme : «Une reconstitution des données me parait compliquée, surtout quand il s’agit d’archives pédagogiques. C’est parce qu’en général, dans le dossier, on retrouve toutes les pièces qui ont été constituées par l’étudiant pour pouvoir être admis à intégrer la faculté.Cela peut être une demande d’admission, la copie de la pièce d’identité, l’attestation d’admission au Baccalauréat. S’il s’agit de dossiers précédant la période de numérisation, cela va être très compliqué voire même impossible de reconstituer, à moins que le service d’archive lance un appel à tous les étudiants qui ont fréquenté la faculté à venir déposer un exemplaire de leur attestation ou de leur diplôme.»

Ce n’est qu’en 2021 que le service des archives a commencé la conservation sur un support digital. Cet archivage numérique ne concerne que les étudiants ayant fréquenté la faculté de 2018à maintenant. Tout le reste figure dans des classeurs rangés dans les meubles. «Nous avions commencé à travailler sur la numérisation des archives. Le volume est important, c’est pourquoi nous ne sommes pas très avancés dans ce processus. Mais tous les dossiers des étudiants qui se sont inscrits à partir de 2018existent en version numérique. Pour ces étudiants, il n’aura pas de problème.»

Pour les autres, il faudra se rabattre sur diverses sources afin de reconstituer la base. UN travail de titan attend le personnel qui aura fort à faire. «Nous allons essayer d’exploiter les registres au niveau des départements ou de la scolarité.»

Spécialisée dans la formation de professionnels en sciences de l’information documentaire, l’Ebad compte aller à la rescousse du service des archives de cette faculté dans la recomposition de sa banque de données. «Nous allons mettre à leur disposition des stagiaires qui les aideront à récupérer ce qui pourrait l’être, ce qui n’a pas brûlé. Nous allons aussi les accompagner à reconstituer leurs archives», annonce le Professeur Moustapha Mbengue.

Il recommande l’archivage numérique concomitamment à la délivrance et à la réception des documents. Alioune Badara Kandji, le Doyen de la Faculté des Lettres est conscient que c’est la solution pour se prémunir de ces catastrophes. Mais, selon lui, la numérisation demande beaucoup de ressources humaines et de moyens financiers qu’ils vont dorénavant essayer de mobiliser

L’Obs

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