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Libre échange avec…Souleymane Baba Traoré, président du Conseil malien des chargeurs : «Nous voulons l’annulation de tous les frais de magasinage durant l’embargo»

Après la levée des sanctions contre le Mali, la Direction générale du Port autonome de Dakar (Pad) a décidé d’annuler les frais de magasinage des marchandises en transit au Mali, à compter du début d’entrée en vigueur de l’embargo (7 ­janvier 2022) jusqu’au 3 juillet 2022, date de levée de celui-ci. Le Conseil malien des chargeurs veut que toutes les compagnies maritimes en ­fassent de même. Souleymane Baba Traoré, le président de ces opérateurs économiques ­maliens, l’a confirmé vendredi dernier, en marge de leur ­visite à la Chambre de commerce, d’industrie et ­d’agriculture de Dakar (Cciad).

 Suite à la levée des sanctions économiques et financières de la Cedeao contre le Mali, les chargeurs maliens, sous la houlette du président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, a effectué une visite au Sénégal. Quel est l’objet de cette visite ?
L’objet de notre visite au Sénégal et à la Chambre de commerce n’est autre que de venir remercier sincèrement, et de vive voix, les autorités sénégalaises, au nom de tous les opérateurs économiques maliens et des populations maliennes, même au nom du gouvernement, parce qu’en fait, cette délégation devrait être conduite par deux ministres, malheureusement, les sanctions individuelles n’étant pas levées, les ministres n’ont pas pu faire le déplacement. Nous pensons sincèrement que le Mali et le Sénégal sont un seul peuple. C’était la Fédération du Mali qui a été dissoute en 1960. Après l’éclatement de cette fédération, le Sénégal et le Mali n’ont pas pu se séparer. La preuve, aujourd’hui, le Mali fait passer par le Sénégal, 70% de ses marchandises. Cela veut dire que 70% de l’économie malienne passent par le Sénégal. Ce qui n’est pas une petite chose. C’est pourquoi, après la levée des sanctions de la Cedeao contre le Mali, nous avons jugé utile de faire le déplacement pour remercier d’abord toutes les autorités sénégalaises, nos confrères de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad), notamment les chargeurs, les populations sénégalaises. L’embargo a duré six mois et cela a coûté très cher à notre économie. Pour les détentions de conteneurs, de surestaries et de magasinage, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup de montants à payer.

Les conteneurs qui étaient en souffrance au Port de Dakar, par exemple, sont estimés à combien ?
Au niveau du terminal de Dp World, par exemple, nous sommes à 256 conteneurs en souffrance, sans compter ceux qui sont au niveau des autres lignes maritimes. Pour vous dire que les frais de stationnement, de surestaries, de détention de conteneurs sont énormes. Nous sommes venus voir les autorités portuaires. Dieu merci, avant même notre arrivée, le Port autonome avait déjà exonéré tous ces frais de magasinage durant la période concernée. On avait reçu cette note avant de venir à Dakar. Et les responsables du Port avaient même fait le déplacement à Bamako pour nous en parler. Pour ce qui concerne les autres partenaires, notamment les Douanes, entre autres, le Port ne peut pas les forcer à annuler les frais. Mais le Port a, quand même, montré la voie, pour faire comprendre que le Mali est un pays frère. Le Port a écrit à toutes les compagnies maritimes pour leur demander d’en faire de même. Quand nous sommes venus, nous les avons rencontrés un à un. Pratiquement, tout le monde est réceptif à notre demande et à faire quelque chose. Nous leur avons dit que nous ne voulons pas de 20%, ni de 30%, nous voulons l’annulation de tous ces frais. Et Dp World a ainsi exonéré tous les frais de magasinage. Plus loin, il s’engage à rembourser aux opérateurs économiques les montants qui ont été payés au cours de l’embargo. Car si nous voulons aller loin, marchons ensemble. Et le Sénégal veut aller avec le Mali et le Peuple malien. Nous n’avons jamais voulu que notre marchandise reste pendant six mois dans le Port. C’est un cas de force majeure. Nous demandons à tous les concessionnaires d’annuler tous les frais de magasinage, de stationnement. Je pense qu’on est sur la bonne voie. Nous avons rencontré beaucoup de gens ; nous continuons à échanger avec tout le monde et espérons qu’on aura gain de cause.

Quel a été le rôle de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad) dans le processus qui a abouti à la levée des sanctions et à l’annulation des frais que vous êtes en train de demander auprès de vos partenaires ?
La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad) s’est impliquée dans la recherche de solutions, depuis le début de la crise. Elle a été à la hauteur. Le président de la Cciad, Abdoulaye Sow, a rencontré le Président sénégalais, Macky Sall, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine (Ua), pour plaider la cause du Mali, de l’unité, du réalisme. La Chambre de commerce de Dakar en a fait son propre cas. C’est pourquoi nous sommes venus les remercier.

La Cciad vous invite à aller visiter le marché d’intérêt national ainsi que la gare des gros porteurs sis à Diamniadio. Est-ce qu’une participation des opérateurs maliens à ces deux infrastructures est envisageable ?
Aujourd’hui, il est temps que les opérateurs économiques et les institutions puissent collaborer. Si on avait une participation dans le Port de Dakar, est-ce que les autorités n’allaient pas réfléchir à deux fois avant de poser cet acte ? C’est pourquoi depuis notre arrivée, nous avons dit que nous voulons participer au développement du Sénégal et du Mali. Aucun des deux pays ne peut se développer seul. Il faut qu’on aille ensemble. Unis, nous serons forts. Il faut que nous soyons ensemble. La preuve, pendant ces six mois, ce n’est pas le Mali seul qui a été impacté par les sanctions. L’économie sénégalaise en a aussi pâti. A l’approche de la Tabaski, beaucoup de Sénégalais avaient peur de ne pas trouver un mouton, à cause des sanctions. Chaque jour, des centaines de camions entrent au Sénégal avec des produits maliens pour approvisionner le marché sénégalais. Le développement ne peut se faire d’un seul côté. Nous sommes un même peuple. On ne pourra pas se développer si on n’est pas ensemble. C’est pourquoi nous pensons qu’il est temps de prendre des actions dans tout ce qui se passe au Sénégal et le Sénégal aussi doit prendre des actions au Mali. Ce brassage nous permettra d’éviter que des politiques ne puissent prendre certaines décisions comme celles que nous venons de voir. On n’a pas besoin de telles décisions pour mettre à genoux nos économies. Et ce sont les opérateurs économiques qui peuvent aider les chefs d’Etat à refuser ces actes qui n’honorent pas l’Afrique.

Dans le cadre de la lutte contre les tracasseries sur les corridors, surtout sur l’axe Dakar-Bamako, des initiatives ont été entreprises. Malgré tout, le problème demeure. Est-ce que les opérateurs économiques maliens et sénégalais ont des solutions à proposer pour régler définitivement ces difficultés ?
Effectivement, le problème demeure. Mais nous sommes là-dessus. En termes de développement, tout ne peut pas se faire en un seul jour. Hier (jeudi, l’entretien a été réalisé le vendredi), nous avons rencontré les services des Douanes sénégalaises. Ils sont en train de moderniser les procédures, afin de rendre le trafic des marchandises beaucoup plus fluide, dans la célérité et la sécurité. Du côté des acteurs, c’est la même chose.

LEQUOTIDIEN

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