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Ibrahima Hathie, Chercheur Emérite IPAR : 3 défis à relever pour assurer la souveraineté alimentaire

Sécurité alimentaire

Le foncier est un levier essentiel pour couvrir les besoins alimentaires d’un pays. Selon le chercheur Ibrahima Hathie, si le Sénégal veut réussir à atteindre ses objectifs de souveraineté alimentaire, il lui est impératif de prendre en charge 3 défis majeurs qui pourraient compromettre son efficacité et son impact, notamment la dégradation des terres, la compétition des usages et la gouvernance inclusive.

Le chercheur à l’Initiative prospective agricole et rural (IPAR) souligne que la dégradation des terres se manifeste à travers 4 processus. Notamment, «la réduction du couvert végétal due à la sécheresse et la déforestation, environ 50 000 hectares par an.

L’érosion hydrique, qui est surtout présente dans les régions sud et sud-est du pays, contribue à une dégradation de plus de 9 millions d’hectares, soit 77% des terres dégradées. On a aussi l’érosion éolienne plus au nord, qui représente 3% des sols dégradés et qui est très sévère dans la zone nord, autour de la vallée du fleuve.

La dégradation chimique sous forme de salinisation qui couvre aujourd’hui 1.000.000 d’hectares et représente 9% des sols dégradés», a estimé M. Hathie, lors de la sixième édition du Forum national sur le foncier, à Dakar.

Poursuivant, il a indiqué que la compétition des usages est un défi qui interpelle les décideurs. «Quand je parle de compétition d’usage, c’est en rapport avec le foncier agricole. Le foncier agricole est menacé par les autres usages tels que l’urbanisation, l’habitat, donc les exploitations minières et la construction d’infrastructures de développement».

Ainsi, le chercheur à l’IPAR cite, comme exemple, la zone des Niayes.

«Malgré le caractère unique mais fragile des écosystèmes des Niayes et leur apport à l’alimentation en légumes et en fruits de Dakar et des principales villes, les projets immobiliers assurent un retour sur investissement plus rapide aux promoteurs privés. Aujourd’hui, si vous avez un paysan qui a de la terre, vous avez un promoteur, la rentabilité immédiate financière va vers le promoteur et c’est le promoteur qui va utiliser cette terre au détriment de la production. Il n’y a aucune chance de préserver les Niayes pour l’agriculture», a-t-il lancé.

Selon Ibrahima Hathie, il est urgent de trouver des solutions idoines eu égard aux disponibilités foncières, en baisse, face à un accroissement des besoins alimentés par une croissance démographique et une forte urbanisation.

«Il faut que, dans notre calcul, on intègre les valeurs sociales, les valeurs économiques et les valeurs culturelles. Parce que la terre n’a pas qu’une valeur financière. Il est plus rentable de préserver ce foncier pour l’agriculture, plutôt que le transformer en bâtie».

Pour lui, l’achat des droits de développement par l’État, surtout dans les zones fragiles et d’une richesse spécifique ou d’une richesse, serait un début de solution.

Le 3e défi à relever, il s’agit d’après M. Hathie, la gestion et de la gouvernance foncière. «Comment arriver à une gouvernance inclusive qui prenne en compte les intérêts des communautés et ne laisse personne en rade.

Voilà une question cruciale, la sécurisation foncière d’exploitation familiale doit être au cœur de toute gouvernance foncière au Sénégal, les exploitations familiales produisent l’essentiel des aliments produits sur le territoire, tout en étant également des consommatrices. Chaque contenu de leur nombre, toute amélioration de leurs conditions aura directement un impact positif sur le niveau de pauvreté», a-t-il dit.

Selon le chercheur émérite IPAR «une gouvernance inclusive et transparente pourrait assurer la prise en compte de ces demandes réelles pouvant permettre au monde rural de se transformer et de répondre en même temps à la demande urbaine en produit agricole».

«Il faut aussi adopter une approche systémique et holistique et transformer nos systèmes alimentaires afin qu’ils soient résilients et durable», a-t-il ajouté.

S Vox populi

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