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Hivernage-Inondations en banlieue : La traite des charretiers

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Avec les pluies qui ont coupé l’axe Poste Thiaroye-Diamaguène, les charretiers sont rois sur la route nationale. Ils assurent la « traversée » des zones critiques et s’en sortent avec des revenus estimés entre 15 000 et 20 000 FCfa par jour, au grand dam des usagers obligés de débourser deux fois plus.

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« Poste Thiaroye-Diamaguène à 300 FCfa seulement », répète un jeune homme. En culotte noire et chaussures en plastique, Amady Ndao est « coxeur » (rabatteur) pour les cars rapides et taxi-clandos. Depuis samedi, il a changé de cap. Il a quitté les véhicules pour les charrettes à cause des importantes pluies enregistrées jeudi et vendredi et occasionnant la coupure de l’axe Poste Thiaroye-Diamaguène. Tout enthousiaste, il aide hommes et dames à monter sur une calèche. Il encaisse une pièce de 100 FCfa, puis autorise Modou à faire la navette. Tenant la corde, ce dernier y va « doucement et lentement », selon les mises en garde de ses passagers. « Nous ne sommes pas pressés, l’essentiel est de traverser la zone critique », avertit une dame. Ironique, le jeune homme porte immédiatement la réplique. « Vous ne serez pas mouillés », rigole-t-il. Scène cocasse qui provoque le sourire des voyageurs ou de simples badauds qui n’hésitent pas à brandir leurs  téléphones pour immortaliser ces moments assez rares. Pendant ce temps, le cortège d’une dizaine de calèches est vite constitué. Le goudron est invisible. La chaussée et les trottoirs sont sous l’emprise des eaux. Du coup, les roues sont toutes immergées. Les passagers se débrouillent pour sauver leurs téléphones et objets précieux. Anta Ndiaye avait pris les devants en achetant un sachet en plastique pour y ranger son téléphone et son portefeuille. Amusée, elle compare la scène au trajet Dakar-Gorée. « Ça me fait penser à la chaloupe en partance pour Gorée. C’est inimaginable. Nous sommes tous obligés de prendre la charrette jusqu’à Poste Thiaroye pour pouvoir continuer notre chemin en véhicule ; ce qui occasionne des frais supplémentaires. Ainsi, le transport entre Diamaguène et Patte d’Oie passe de 250 à 500 FCfa. Il faut que l’État trouve des solutions sinon personne n’ira travailler lundi », avertit-elle. Assane Gaye, lui, déplore la situation, la jugeant « inacceptable ». « Les charretiers dictent leur loi, car l’État n’a pas su anticiper par des systèmes de canalisation et de pompage efficaces », regrette-t-il, prêt à rallier Diamaguène.

Des gains pouvant atteindre 17 000 FCfa par jour

Ils ont pris le relais des taxis, cars rapides et bus qui n’osent pas prendre le risque. Ainsi, ils nagent dans le bonheur au moment où des familles et les usagers sont dans le désarroi. Tenant la corde de son cheval et prêt à rallier Diamaguène, Samba Faye s’est fait plein les poches ces derniers jours. Son revenu journalier est passé du simple au triple. « Nous déplorons la situation comme tout le monde, mais en attendant un retour à la normale, nous en profitons. Au lieu de 4000 ou 5000 FCfa, je me retrouve actuellement avec 15 000, voire 17 000 FCfa par jour », dit-il. En sous-vêtement et culotte, Alassane Seck a quitté le marché aux poissons de Pikine pour s’installer à Poste Thiaroye. C’est sa base depuis jeudi et il se frotte les mains, priant pour que son bonheur– calvaire pour les autres– se prolonge. « Nous prenons notre revanche sur les automobilistes. Tous les jours, ils nous menacent sur la route. Aujourd’hui, l’activité est exclusivement pour nous. Je m’en sort bien au moment où les automobilistes se bousculent sur l’autoroute à péage », chahute-t-il, faisant état d’un revenu de 21 000 FCfa pour la journée du vendredi. Le malheur des autres fait le bonheur d’Alioune Mbaye. Il ne souffre plus dans les garages à l’attente des clients. Il est constamment en mouvement depuis jeudi. Une traite pour lui, car, dit-il, ça lui a permis de se faire plein les poches. « En trois jours, j’ai gagné le triple de mon revenu hebdomadaire. La pluie a béni notre activité », sourit-il.

La vente de motopompes fait recette, le prix des bottes passe du simple au double

« La situation est catastrophique. Des familles sont sous les eaux. Des murs s’affaissent. Il faut que l’État et ses démembrements prennent leurs responsabilités en augmentant la capacité de la station de pompage de Tableau Tivaouane pour évacuer les eaux », interpelle Gorgui Touré. En attendant ce travail, les citoyens se mobilisent depuis trois jours  à travers l’achat de motopompes. Devant une quincaillerie, Mbaye Simal vient d’acquérir des motopompes qui, dit-il, permettent de soulager les populations en attendant l’intervention de l’État. « Nous en avons acheté quelques-unes et du matériel d’évacuation, comme par le passé, pour que certaines zones assez sensibles ou maisons soient libérées afin de permettre un retour à la normale », informe-t-il. Cet élan de solidarité dope la vente des motopompes. Selon Ousseynou Mbaye, installé en face de la station-service de Poste Thiaroye, une dizaine de motopompes sont vendues par jour depuis la semaine dernière à des prix variant entre 60 000 et 80 000 FCfa. « En temps normal, il est difficile de vendre deux motopompes par semaine, mais actuellement, j’en vends une dizaine à cause des inondations qui concernent quasiment toutes les parties de la banlieue », explique-t-il. Chauffeur à Poste Thiaroye, Abdoulaye Dione est assis à quelques mètres du bureau de Poste. Ayant acheté des bottes la veille, il regrette la hausse du prix en l’espace de trois jours. « Les bottes, très courues actuellement, sont vendues entre 4000 et 5000 FCfa alors qu’elles coutaient juste 2500 FCfa. Les vendeurs profitent de ces moments difficiles et c’est déplorable », regrette-t-il.

(LESOLEIL)

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