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Eurobonds : Un mal nécessaire pour les pays en voie de développement

N’importe qui, économiste ou pas, peut vous dire sans risque de se tromper, qu’il est nécessaire de changer notre manière de nous endetter. Cependant, ce que je trouve vraiment désolant, c’est quand on critique ce qui se fait au moment où ça se fait, sans donner d’alternatives au même moment dans les mêmes circonstances.

Nous devons arrêter de critiquer dans le but de faire de la politique et dire aux populations que durant une période précise, l’État n’a pas trop de choix et est souvent obligé de choisir le moindre mal.
Dans un monde parfait, un État allait toujours considérer les prêts concessionnels qui sont des prêts à taux réduit et qui ont des taux d’intérêt inférieurs aux eurobonds, une maturité plus longue entre autres avantages.
Dans un monde parfait, les gouvernements allaient faire preuve de discipline financière et ne pas utiliser les ressources mobilisées des eurobonds pour réduire le déficit budgétaire.
Dans un monde parfait, au lieu de s’endetter, n’importe quel gouvernement devrait accroître les ressources nationales avec une politique fiscale optimale et l’élargissement de l’assiette fiscale.
La vérité est que nous ne sommes pas dans un monde parfait et qu’il faut faire avec les moyens du bord. Durant une crise sans précédent, il serait malhonnête de faire croire aux populations que quiconque d’entre nous aurait pu faire mieux que ce qui est en train de se faire.
Nous sommes tous d’accord que durant la période de 2012 à 2019, il y a eu de mauvais choix dans la priorité des investissements publics et cela nous rattrape. Cependant, nous ne devons en aucun cas négliger la crise sanitaire qui sévit dans le monde et la résilience de notre économie.
MAINTENANT
Au début de l’année 2021, notre dette était ainsi répartie : 43,8 % Concessionnel, 29,7 % Eurobond, 11,5 % Obligation du Trésor, 8,7 % Semi Concessionnel, 6,2 % Commercial. La dette était ainsi répartie : 46 % en dollars, 39 % en Euros et 15 % en CFA. Principalement libellés en dollars, les eurobonds vous permettent d’emprunter dans une autre devise.
On les utilise souvent pour financer les projets d’infrastructures et aussi pour la restructuration de la dette. Présentement, le Sénégal détient 4,4 milliards de dollars en eurobonds, représentant 15,7 % de son PIB pendant que la Côte d’Ivoire, qui est la première économie de notre zone, détient 9,4 milliards de dollars d’eurobonds, représentant 13,2 % de son PIB. Le Sénégal a déclaré que l’ émission de juin serait utilisée pour financer le programme d’emploi des jeunes.
Nous devons d’abord arrêter de donner à l’endettement une connotation négative, car si l’endettement est utilisé pour créer de la valeur ajoutée, c’est une excellente chose pour les pays en voie de développement comme le nôtre. Une dette est souvent considérée comme bonne quand elle crée des emplois et que les taux d’intérêt ne sont pas usuraires.
Il est aussi important de noter qu’à l’exception de l’Afrique du Sud et des Seychelles, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne n’avaient pas émis d’eurobonds sur les marchés internationaux avant 2007. L’Afrique du Sud est le premier pays émetteur en 1995 et les Seychelles en 2006.
Par exemple, en 2021, avec la pandémie, le trésor américain nous informe que 11,8 milliards de dollars d’euro-obligations ont été émis par des pays africains. Alors qu’une partie de ces 11,8 milliards de dollars a été émise par les marchés émergents égyptiens (3,75 milliards de dollars), la majorité a été émise par des économies frontalières d’Afrique subsaharienne comme le Kenya (1 milliard de dollars), le Ghana (3 milliards de dollars), le Bénin (1 milliard d’euros), le Sénégal (0,8 milliard d’euros durant 16 ans au taux de 5.375 %), la Côte d’Ivoire (0,85 milliard d’euros) et le Cameroun (0,7 milliard d’euros).
Le stock actuel d’euro-obligations souveraines africaines est de 136 milliards de dollars en circulation (84 % en dollars et 16 % en euros), dont 98 % sont en cours de service et 2 % de la Zambie qui a fait défaut de paiement. À ce jour, seuls les Seychelles (2008) et le Mozambique (2017) ont fait défaut de paiement sur les eurobonds et ils les ont échangés par la suite. Avec les violences post-électorales en Côte d’Ivoire en 2011, il y a eu un retard significatif de paiement aussi.
La levée de 2021 du Sénégal sera aussi utilisée pour acheter 70 % d’une autre émission qui expire en 2024. Dans le passé, le Sénégal a émis ces eurobonds suivants : $ 500 millions en 2014 $ 1,2 milliards en 2017, $ 2,2 milliards en 2018 et 0,8 milliard d’euros en 2021. La levée de 2018 a servi à racheter 40 % des eurobonds émis en 2011, car cette dernière était plus chère en termes relatifs. Les eurobonds ont augmenté la dette extérieure non concessionnelle du Sénégal.
Durant la crise financière de 2008, le Sénégal était le seul pays africain à émettre une obligation de 200 millions de dollars avec un taux de 9,473 % pour une durée de 5 ans. À première vue, c’est pas du tout bon, mais il faut toujours prendre le contexte de la crise et la perte de confiance du marché sans compter nos finances publiques qui n’étaient pas dans les meilleurs états.
Nous devons aussi respecter les fonctionnaires qui font du très bon travail par rapport aux ressources et à la situation auxquelles ils font face. C’est pourquoi deux ans plus tard, le Sénégal a émis une deuxième obligation pour refinancer la première et on a pu prolonger la maturité de 5 à 10 ans tout en augmentant la somme de 200 millions de dollars à 500 millions de dollars et réduit le taux de 9,473 % à 9, 125 %. En plus de cela, pour faire face au risque de change, le Sénégal avait conclu un swap deal avec une banque sud-africaine au moment de l’émission obligataire. Ce swap deal allait effacer ce risque du dollar, vu que le CFA est rattaché à l’euro.
CEPENDANT
Cependant, il serait intellectuellement malhonnête de dire que les eurobonds ne comprennent pas de risque. Il est important que les pays africains et notamment le Sénégal envisagent de réduire ces emprunts et d’essayer de négocier d’autres formes d’endettement et ou de mobilisations de recettes.
Les eurobonds sont souvent critiqués, car ils comportent des risques tels que le risque de change vu que la majorité est libellée en dollar donc tributaire de la politique monétaire Américaine. Il y a aussi le risque de mauvais calibrage de l’emprunt qui peut causer ou aggraver la surliquidité bancaire si les fonds mobilisés ne sont pas utilisés immédiatement. Si le gouvernement n’est pas discipliné, les fonds peuvent aussi être utilisés pour financer le déficit budgétaire et enfin, il y a souvent le manque de traçabilité.
Dans une étude, le FMI a identifié 17 pays africains avec des eurobonds qui étaient en situation de surendettement, car le service de la dette consomme en moyenne plus de 20 % des recettes de ces pays et laissant peu de ressources pour les autres secteurs. L’étude a aussi montré que la plupart des eurobonds émis sont consacrés à des dépenses récurrentes non productives et dont le remboursement arrivait à échéance.
Par exemple, les émissions du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Gabon ont partiellement servi à financer le déficit budgétaire. Souvent, l’erreur commise par les Etats est le fait qu’ils ne tiennent pas trop en compte le fait que la majorité de ces eurobonds ont une durée de court à moyen terme, alors que les projets financés sont des projets à long terme ou à but social comme le dernier eurobond émis par le Sénégal dans le but de financer les programmes d’emplois des jeunes. À titre d’exemple, les projets sucriers en Ethiopie et le chemin de fer de Kenya ont échoué alors qu’ils étaient financés par des eurobonds.
ENFIN AU SENEGAL
Les recettes fiscales ont diminué en termes réels et absolus à cause de l’affaiblissement de l’assiette fiscale. Depuis 2015, la croissance du PIB réel a été au-dessus de 6 % depuis 2015 (6,5 % en 2015 et 6,6 % en 2016) avant de glisser en 2019. Cette croissance a atteint son niveau record en 2017, en s’établissant à 7,2 % liées aux investissements publics de la première phase du PSE. Bien que le secteur primaire ne soit pas encore développé, il représente presque 17 % du PIB et représente la moitié des emplois, puis le secteur secondaire qui représente 23 % du PIB et le secteur tertiaire qui représente 60 % du PIB.
En observant les indicateurs du FMI, on note que le PIB à prix constants est en chute libre, il est à 5,3 % et est projeté à 1,1 % lié à la pandémie du Covid 19. Les évolutions du PIB qui sont liées à la variation des prix sont éliminées dans ce calcul pour parvenir à une mesure de la croissance économique. Cela est utilisé pour le court terme à cause de la crise et il permet aussi de de calculer le déflateur du PIB pour mesurer l’inflation. Vu que le PIB nominal inclut les effets de l’inflation ou de la déflation et que le PIB réel est à prix constants, leur rapport peut mésestimer l’inflation. C’est pour cela qu’on voit une différence avec le prix à la consommation.
Bien que l’indice des prix à la consommation soit limité, il demeure l’instrument le plus utilisé, car il ne prend en compte que les variations des prix de biens et services achetés par le ménages contrairement au déflateur du PIB qui prend en compte tous les biens et services disponibles dans l’économie. L’IPC est aussi préférable au déflateur du PIB, car il est calculé mensuellement alors que déflateur peut tarder à cause des délais de production des comptes nationaux.
(ENQUETE)

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