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En management, les erreurs se paient cash…

Par Ameth Tidiane Cissé

 
Le diable est dans le détail, a-t-on coutume de dire. Cela est d’autant plus vrai que lorsqu’un chef d’entreprise négocie un contrat, une vigilance particulière est de mise parce que la moindre erreur peut être fatale à la société qui l’a commise. Des managers ont signé des contrats, n’assurant pas le contrôle nécessaire et indispensable, faisant certainement confiance à leurs collaborateurs, alors que des dispositions néfastes aux intérêts de l’entreprise n’ont pas été bien cernées.
 
Au plan juridique, toute erreur se retourne durablement contre la partie qui l’a commise. Le rôle du conseil juridique est certes important, mais il n’est pas suffisant. Le manager a toujours sa touche et son expérience à apporter. Sur le plan financier, un contrat de prêt mal négocié avec une banque peut conduire une société à des difficultés jamais imaginées, avec, à la clé, des procédures judiciaires souvent longues et coûteuses. La négociation du taux d’intérêt, les sûretés exigées par la banque, la durée du remboursement du prêt, etc., toutes ces questions doivent  être bien négociées et bien cernées.
 
La presse sénégalaise de ces vingt-cinq dernières années a révélé des contentieux judiciaires entres des banques et des entreprises jadis clientes, jadis choyées, qui ont fini en faits divers, les affaires litigeuses étant traitées devant le juge et en public. Pourtant, une certaine vigilance aurait permis, en amont et avant toute signature, de lever de possibles sources d’équivoques et de conflits.
 
Les crises survenues qui ont déchiré des familles dans des conflits d’héritage et de succession auraient pu être évitées si le fondateur de l’entreprise avait pris la précaution de prévoir, pour le business qu’il a créé, un avenir autre que les joutes juridiques entre frères et sœurs. Le dispositif juridique dans l’Ohada offre assez de perspectives pour une transmission apaisée de son entreprise.
 
Sur le registre des acquisitions, de nombreux chefs d’entreprises, très enthousiastes à l’idée d’acheter une autre firme, ont eu à beaucoup regretter leur décision. Soit l’entreprise reprise à coup de milliards n’avait pas le potentiel de croissance espéré, soit une crise est survenue pendant l’opération d’acquisition et un conflit a opposé les deux parties. 
 
En fait, tout acte que pose le chef d’entreprise est lourd de conséquences, heureuses ou préjudiciables à sa firme. C’est en ce sens que le recul et le détachement sont des attitudes importantes chez le manager. Mûrir ses décisions, prendre le recul nécessaire, sans passion ni un trop plein d’enthousiasme, s’entourer de toutes garanties juridiques, etc., ne sont jamais de trop dans le processus de prise de décision.
 
Pour avoir mal apprécié un point considéré comme un détail… négligeable, des chefs d’entreprises se sont pris eux-mêmes dans un imbroglio qui a entraîné de lourds préjudices pour leur firme. Dans le cas des acquisitions, le processus souvent long et sinueux cache des pièges qu’il faut impérativement éviter. Et la présence d’un conseil juridique ne signifie pas que les risques sont bien pris en compte.
 
Des conflits ouverts sont nés entre des entreprises qui étaient parties dans un accord partenarial à travers lequel rien ne présageait une discorde. Et quand de pareils conflits sont ouverts, la voie judiciaire est souvent privilégiée, chaque partie se disant être dans son bon droit. Pourtant, l’arbitrage aurait permis de rapprocher les positions pour une solution heureuse. Malheureusement, la bataille juridique s’accompagne d’une guerre médiatique à coup de communiqués de presse, des situations qui font le bonheur des médias.
 
Aujourd’hui, les partenaires de tout bord analysent même la géographie du capital d’une entreprise pour apprécier la qualité des différents actionnaires et soupeser réellement les risques. Le monde des affaires est souvent cruel pour ceux qui n’ont su se prémunir. Les chambres d’arbitrage n’étant pas utilisées parce que peu connues, le tribunal devient un lieu de pugilats judiciaires qui pouvaient bien être évités. En définitive, dans la conduite des affaires, toute action doit être soupesée et analysée au travers de grilles à définir, impliquant le manager et son équipe, pour éviter de futurs déboires.
 

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