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COVID -19, le jour d’après : Réformer la gouvernance économique mondiale

Par Ibrahima SALL
Economiste
kossodarou@yahoo.fr

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La structuration de nos économies laisse augurer des lendemains sombres d’après COVID. Il faut savoir que nous sommes dans une situation de quasi dépendance tant pour la production que pour la consommation. Les impacts de la pandémie vont entrainer de fortes pertes d’exportation couplées à une chute vertigineuse du prix des matières premières.

Des projections ciblent par exemple un prix de référence du baril de pétrole autour de 30 Dollars un peu plus certainement contre 147 Dollars en juillet 2008. Il en sera de même pour d’autres matières premières. Sur le plan monétaire un chamboulement est à prévoir sur le financement des économies puisque les taux des marchés seront largement supérieurs aux taux concessionnels césame de nos prêts.

Avec 40% de sa dette qui est privée, l’Afrique va droit vers une décroissance. Avec une contraction de 3% de l’économie mondiale, 30% de baisse de la consommation et 12% du taux chômage, le pire reste à venir. La croissance durablement atone va entrainer l’effondrement de certains secteurs clefs comme par exemple le tourisme et le transport déjà affaiblis par la pandémie. Ainsi plus de 500 millions de personnes dans le monde risquent de tomber sousle seuil de la pauvreté. Alors des actions solitaires ne suffiront pas car les autres auront assez à faire chez eux.

Ainsi, l’Afrique doit penser à une réforme de la gouvernance économique mondiale puisque le rôle de cette dernière pour le financement de notre émergence sera affaibli. Il faut savoir que le déficit des finances américaines de plus de 1000 milliards de Dollars a été financé par l’épargne du reste du monde devant les institutions de la gouvernance mondiale médusée. A côté, les pays pauvres les plus endettés n’arrivent pas à respecter leurs échéances. Et concomitamment les USA refusent de réduire un déséquilibre abyssal malgré les injonctions des institutions financières internationales.

Le FMI et La Banque mondiale ont souvent un coup de retard. Déjà dans les années 80, ils ont mis 10 ans à comprendre que tout ajustement structurel avait une dimension sociale. Sinon à quoi servirait – il ! D’autant plus que son but est justement d’améliorer le quotidien des plus démunis. Certains gourous à col blanc et autres rond de cuir maitrisent certes la théorie des jeux et certains subterfuges économiques mais ignorent totalement la réalité de nos économies. L’OMC a côté de ces institutions ne maitrise plus le rouage des échanges mondiaux.

En effet, la révolution commerciale mondiale appuyée par l’informatique et l’ordre marchand devenu polycentrique a affaibli sa force de contrôle et d’organisation. La gouvernance économique mondiale telle qu’elle est ne sera plus à notre faveur. La lourdeur de ses institutions et notre manque de courage ont fini par scléroser le système.

La FAO après 74 ans d’existence n’a jamais créé une révolution agricole et son point de vue sur les biocarburants et les OGM est révélateur. Soyons claire ! La nouvelle gouvernance économique mondiale doit permettre l’ouverture des marchés des pays riches aux produits des pays pauvres.

Elle doit financer les investissements créateurs d’emplois, promouvoir une agriculture moderne, un système bancaire non usurier accessible aux classes moyennes et adapté aux réalités des zones concernées, ainsi qu’une sécurité sociale performante pour les plus démunis.

Cette nouvelle gouvernance doit laisser éclore une nouvelle démocratie économique fondée sur nos propres valeurs. Ceci en libérant une élite nouvelle, créatrice et productrice, en soutenant de nouveaux médias et des organisations non gouvernementales.

Avec la dollarisation du système monétaire international et la création de l’Euro, les pays africains se trouvent à la croisée des chemins. Car la FED (Banque Centrale des Etats Unis) fonde ses décisions de politiques monétaires sur les conditions économiques américaines et il est peu probable qu’elle les modifie, tandis que la Banque Centrale Européenne elle-même est taraudée par la capacité de décisions de ses membres.

Nous devons réfléchir à une refonte globale des institutions multilatérales adaptée à un monde nouveau et à une mutualisation de la dette publique africaine (nous y reviendrons).

Certes réadapter la coopération multilatérale est une nécessité, mais surtout changer de cap. La création d’autres socles de la gouvernance économique mondiale autour de l’Inde, de la Chine, du Brésil, de l’Argentine et de quelques pays arabes s’avèrent nécessaire. L’heure est aux grands ensembles qui se créent autour d’objectifs communs.

Sinon pour le monde en général et l’Afrique en particulier, les conséquences humaines seront plus dramatiques que celles dites économiques. L’Existence de la démocratie politique ne doit pas aliéner notre devoir de réflexion et d’action.

La décroissance économique, les risques climatiques, les mutations de nos sociétés constituent des challenges d’envergure et un momentum pour nous. Nos états doivent redéployer les solidarités perdues et ne doivent pas laisser la place à des communicants à l’action exclusivement horizontale.

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