Si la culture des algues rouges est peu commune en Afrique, elle est pratiquée depuis quelques années déjà en Tunisie. Cette pratique agricole novatrice portée par l’entreprise Selt Marine représente une opportunité économique pour le continent.
Selt Marine, entreprise de texturants alimentaires, s’est lancée dans la culture et la récolte d’algues rouges en Tunisie. Leur entreprise est la principale en méditerranée et la seule du pays à cultiver ces plantes, précieuses pour la fabrication d’épaississants alimentaires végétaux. Située à Ben Arous, dans la banlieue de Tunis, l’entreprise travaille avec des paysans et des femmes à Bizerte dans une lagune au nord du pays pour assurer la production.
Le processus de récolte des algues rouges suit des étapes bien particulières. Des femmes vident dans des bassines les filets des touffes rugueuses aux couleurs vert et rouge sombre, puis en prélèvent quelques morceaux. Par la suite, des fermiers nouent ces échantillons autour d’un filet cylindrique qu’ils replongent dans la lagune.
With our seaweed farms we are acting to preserve the oceans in a sustainable way ! Let’s protect our major source of oxygen , largest carbon sequestration and home to 80 % of biodiversity !! 🌊🌊🌊#WorldOceanDay #seaweed #sustainabledevelopment pic.twitter.com/kQaV9nxpIj
— SELT Marine Group (@GroupSelt) June 9, 2021
Pour un kilo d’algues mis en culture, 10 kg de la plante aquatique sont récoltés un mois et demi plus tard, renseigne Mounir Bouklout, le fondateur de Selt Marine, sur AFP. « On récupère 10% de la biomasse naturelle, on la cultive dans la lagune, puis on attend que la nature fasse son œuvre, et après 45 jours, on récolte : c’est du bouturage », explique-t-il.
Les algues lavées et cuites à 90 °C permettent d’obtenir un liquide gélifiant qui est ensuite pressé, séché et broyé en une fine poudre blanche. Elles sont ensuite séchées au soleil sur des tables, puis transportées à l’usine où elles deviendront des texturants, des gélifiants ou des épaississants alimentaires. Mélangées avec d’autres ingrédients, elles serviront d’additifs dans des produits laitiers, en charcuterie, en confiserie ou en pâtisserie industrielle, pour des entreprises locales, mais aussi européennes, turques ou chinoises.
C’est après 25 années de recherche que le projet de Mounir a réussi à en récolter à l’échelle industrielle en Tunisie. Dans la sous-région, le Maroc cultive également la précieuse plante, mais est confronté à l’épuisement des ressources par la surpêche. Très peu répandue en Afrique, cette culture est essentiellement pratiquée en Asie, premier producteur, consommateur et exportateur d’algues marines dans le monde.
#Tunisie : après des années de recherche, c’est la première fois cette année que Selt Marine, une entreprise de texturants alimentaires, récolte des algues rouges à l’échelle industrielle https://t.co/PZpJQsP4Px
— ArabNewsFR (@ArabNewsfr) June 23, 2021
La Tunisie bénéficie d’un climat idéal pour les algues rouges, et leur présence favorise le développement de tout un écosystème avec la présence de crevettes, de petits poissons, d’huitres et de moules. Elles se développent en outre par photosynthèse, à partir d’éléments comme l’azote et le phosphore. Selon Mounir Bouklout, cette technique permettrait de dépolluer naturellement la lagune.
Did you know ?
2/3 of our oxygen comes from the photosynthesis of algae.
We as Selt Marine find it important to engage ourselves in protecting our environments and consider a new sustainable way of living and working together.#seaweed #sustainabledevelopment #betterworld pic.twitter.com/8gE9EldL7B— SELT Marine Group (@GroupSelt) February 4, 2021
Les opportunités économiques offertes par la culture des algues rouges sont nombreuses. Des études sont en cours pour leur utilisation dans la fabrication de bouteilles biodégradables, de nouilles ou encore de nuggets végétariens au goût de viande. Cette plante représente ainsi une aubaine pour toute la Tunisie et pour la sous-région, où Selt Marine emploie environ une centaine de personnes.
Pour sa première récolte, Mounir Bouklout espère obtenir 500 tonnes d’algues humides. À court terme, il compte porter la surface cultivée à 40 hectares pour une récolte de 3 500 tonnes.
(AGENCE ECOFIN)
