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Programmes de lutte contre les inondations : Limites et insuffisances d’une politique gouvernementale submersible

Les fortes pluies qui se sont abattues à Dakar et sa grande banlieue ont mis à nu les limites des différentes politiques gouvernementales, comme le Plan décennal de lutte contre les inondations (2012-2022) et le programme Promovilles. Ainsi, des milliards engloutis et des travaux d’aménagement et d’infrastructures d’évacuation des eaux pluviales peinent à résoudre ce problème qui parait de plus en plus insoluble.

C’est un vieux serpent de mer qui, chaque année, rappelle de mauvais souvenirs aux Sénégalais. La problématique des inondations a encore refait surface à Dakar, au regard des pluies diluviennes qui ont touché la capitale et sa grande banlieue. Des voitures à moitié noyées sous les eaux, des zones inondées, affaissement de la chaussée sous le point de l’Émergence, le nouvel autopont de Keur Massar sous les eaux, la gare du TER à Pikine submergée par les flots, entre autres, sont les images marquantes de ce mardi noir. Les torrents de boue mélangée parfois à des eaux usées ont dicté leur loi dans les quartiers populaires de Dakar, notamment à Pikine-Ouest, Pikine-Est, Tivaouane Diacksao, Guédiawaye. La capitale du Rail a aussi subi la loi des flots qui ont envahi de nombreux quartiers dans la ville.

Pourtant, Macky Sall, dès son arrivée au pouvoir en 2012, a décidé de mettre sur pied le Plan décennal de lutte contre les inondations.  Ce programme a prévu un budget initial de 766,9 milliards F CFA avec une exécution divisée en trois phases.  Une phase d’urgence (2012-2013) avec un montant prévisionnel de 66 milliards F CFA ; une phase intermédiaire (2014-2016) de 205,6 milliards F CFA et une phase intermédiaire (2017-2022) de 450,9 milliards F CFA. Il avait pour objectif de mettre en place des infrastructures (bassins, canalisations, stations de pompage et autres aménagements…) dans divers points sensibles sur l’ensemble du territorial sur une décennie.

Malgré les limites révélées par la mission d’informations de l’Assemblée nationale en juin 2021 (faible taux d’exécution, coût des sous-programmes de relocalisation des sinistrés, iniquité territoriale dans la mise en œuvre des travaux de lutte contre les inondations), le gouvernement de Macky Sall a décidé de relancer un nouveau plan, en septembre 2021. De ce fait, le chef de l’Etat a indiqué ‘’la nécessité, pour le gouvernement, de préparer la formulation d’un nouveau Programme décennal de gestion des inondations (2023-2033), en cohérence avec le Plan national d’aménagement et de développement des territoires (PNADT) et dans une dynamique de développement de la politique d’assainissement’’.

En attendant son effectivité, le chef de l’État avait alors demandé à son gouvernement d’être dans une posture d’anticipation dans l’acquisition des équipements adéquats. Mais également d’adapter la formation des intervenants, tout en développant le sens des urgences et d’accélération des procédures. Ceci, dans l’optique d’assurer un suivi rapproché de la mise en œuvre du plan Orsec, mais aussi, à œuvrer à l’aménagement inadéquat du territoire et l’occupation de zones non aedificandi.

Selon les experts, l’occupation par les populations de zones marécageuses, de bas-fonds et de voies d’eau naturelles rend difficile tout aménagement et travaux susceptibles de lutter contre les inondations.

Les limites et les polémiques autour du Plan décennal de lutte contre les inondations

Par ailleurs, Macky Sall a rappelé à son gouvernement la nécessité de généraliser l’élaboration des plans directeurs d’urbanisme et d’assainissement dans toutes les collectivités territoriales du pays et de renforcer les ressources humaines, logistiques et financières de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), structure qui doit signer un contrat de performances innovant avec l’État. Des efforts qui doivent aussi se conjuguer à la mise en place des politiques comme le Programme de modernisation des villes (Promovilles) qui prévoit la réalisation, dans différentes villes du Sénégal, de plus de 300 km de voiries incluant leurs dépendances (assainissement, éclairage public et aménagement paysager) pour un coût global de 280 milliards sur la période 2015-2025.

Le gouvernement du Sénégal a démarré l’exécution d’une phase pilote à hauteur de 75 milliards F CFA sur fonds propres et qui est en cours d’exécution pour un linéaire de 103 km de voiries y compris le drainage des eaux pluviales, l’éclairage public et les aménagements paysagers. La phase 1, d’un montant de 89 milliards, intervient dans la région de Dakar et dans 10 communes/villes du Sénégal qui sont principalement des capitales régionales (Saint-Louis, Ziguinchor, Matam, Louga, Kolda, Tambacounda, Kaolack, Diourbel, Thiès, Mbour). Ces travaux ont démarré en fin 2017.

La phase 2, d’un montant de 84 milliards, prévoit la réalisation de 63 km linéaires de voiries assainies, éclairées et avec des aménagements paysagers dans les villes de Dakar, Guédiawaye, Pikine, Rufisque (avec notamment l’élargissement du boulevard Maurice Guèye de Rufisque), Touba et Mbour.

Tous ces programmes sont brandis par comme des trophées pour montrer l’implication de l’État dans la lutte contre les inondations. Ce qui ne manque jamais de faire la cellule de communication réunie autour de son coordonnateur Papa Mahwa Diouf ne rate jamais une occasion de rappeler les efforts consentis par l’État pour résoudre ce fléau. Bien aidé en cela par le porte-parole du gouvernement et ministre des Collectivités territoriales Oumar Guèye qui souligne que ce sont des questions difficiles avec les changements climatiques.

‘’Évidemment, à un certain niveau de pluie, je ne dis pas qu’il n’y aura pas d’inondations, mais même les ouvrages qui sont chargés de drainer ces eaux vont disparaître. Nous souhaitons ne pas arriver à ce niveau de pluie, mais ce sont des phénomènes naturels. Le gouvernement est en train de prendre les dispositions qu’il faut à travers le ministère de l’Eau et de l’Assainissement, pour atténuer les effets de ces inondations à Dakar et dans d’autres régions’’, a-t-il déclaré en avril dernier.

Des déclarations qui sont en contradiction avec les réalités des populations sinistrées qui voit chaque année le même processus se répéter, au grand dam de la santé et du cadre de vie de nombreux habitants des villes sénégalaises.

Alerte sur nos infrastructures routières

En outre, les dernières pluies diluviennes ont aussi révélé quelques fragilités autour des infrastructures routières dans la capitale.  Le pont de l’Émergence encore sujet à inquiétudes. Cette infrastructure, inaugurée en juillet 2016, a vu une de ses bretelles de sortie s’affaisser. L’entreprise en charge a expliqué cet incident comme le résultat d’un tuyau enseveli à trois mètres en dessous de la piste goudronnée, dont la pression de l’eau propulsée en geyser a occasionné l’anomalie repérée sur la chaussée. Les travaux de remise en état de la chaussée se sont terminés hier et la circulation est revenue à la normale, après des travaux de l’Ageroute.

La structure étatique indique que les dégradations sont uniquement dues à des travaux qui étaient en cours pour faire passer une grande conduite hydraulique et réparés provisionnement pour ne pas gêner la circulation.

Mais, il ne faut pas en demander plus aux responsables politiques qui dénoncent toujours les incohérences de la politique étatique dans la lutte contre les inondations.  Le candidat à la députation, tête de liste de la coalition AAR Sénégal, Thierno Alassane Sall, y est allé de son petit commentaire, en demandant “de quoi cet effondrement est-il le nom ? D’infrastructures surpayées et mal conçues, de l’absence d’un système de drainage des eaux adapté à une ville tentaculaire, de la boulimie foncière ?”. Mêmes préoccupations pour le coordinateur du Forum civil, qui interpelle le président de la République. Pour Birahime Seck, ‘’à ce niveau de dégénération rapide, les responsabilités du maître d’ouvrage (et/ou du MO délégué), de l’entrepreneur et du bureau de contrôle ne sont pas à exclure. Y avait-il une étude ? Qui l’a validée ? Est-ce que les spécifications techniques ont été respectées …’’, a-t-il déclaré.

A la pointe du combat contre les inondations Bougane Guèye Dani, leader du mouvement Guem Sa Bopp, qui s’est rendu avant-hier dans le département de Keur Massar pour s’enquérir de la situation des inondations, n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur la toute dernière infrastructure.

‘’Nous sommes venus compatir à vos souffrances liées aux inondations. Ce qui se passe ici est désolant, d’autant plus qu’on a construit un autopont de 13 milliards. On doit être capable de drainer l’eau autour de cet édifice. C’est tout juste un problème de canalisation, d’autant plus que le bassin de rétention ne se trouve qu’à 300 m du pont’’, s’est offusqué le chef de GSB.

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